Ikigai

English version follows the French post.

Ikigai (生き甲斐) est l’équivalent japonais de la « joie de vivre » et de la « raison d’être ».

Je ne savais pas comment écrire ce billet. Mais comme les idées se placent en écrivant, j’ai pris le temps d’écrire. Et puis j’ai partagé mon texte avec quelques personnes de confiance. J’ai toujours su que la collaboration améliore ce qu’elle touche. Je n’ai pas été déçu. Voici une bien meilleure version.

J’en ai pourtant déjà écrit des textes comme celui-ci ! Temps de transition. Fin d’un chapitre professionnel. Début d’un autre. Ça fait un bon bout de temps que tout ça se trame dans ma tête. 

J’en discute avec mes associé-es depuis plusieurs mois. Le moment est venu de prendre ce que j’ai appris chez Real Ventures et de construire sur ces fondations quelque chose de différent mais similaire, quelque chose qui m’interpelle encore plus. Ce n’est pas facile, notamment parce que j’ai travaillé pendant 6 ans avec cette équipe si proche, ces gens si chers à mon cœur.

Ce n’est pas comme si je partais en claquant la porte. Of course not. C’est plutôt comme si je quittais la maison familiale pour retrouver mon appartement. La maison Notman, c’est « ma » maison depuis tellement longtemps. Elle le restera et j’ai bien hâte d’y retourner, en temps et lieu.

Je me lance donc dans une nouvelle épopée en continuité avec ce que je fais chez Real, mais avec quelque chose de plus, quelque chose de différent. S’élancer ainsi, avec conviction, vision, inspiration et espoir crée un sentiment incroyable. Je tiens d’abord à remercier John, Janet et Isaac avec qui j’ai eu des conversations qui m’ont permis de considérer ce nouveau chapitre et m’ont aidé à prendre mon envol. Ces collègues, je les apprécie et je les respecte énormément. J’ai appris avec eux le métier d’investisseur et tant d’autres choses. Un métier complexe, tout en nuances, avec des facettes que j’adore et d’autres plus difficiles.

Ce fut une expérience enrichissante à tellement de niveaux. Investir dans les startups à l’étape du pré-amorçage et de l’amorçage (pre-seed et seed) est un art tout autant qu’une science. Le rôle que j’ai pu jouer en tant que directeur général de FounderFuel de 2014 à 2016 (4 cohortes et plus de 20 compagnies) a été aussi un accélérateur pour moi. Il m’a permis de comprendre le processus d’investissement.

Comme associé d’investissement pour les fonds d’amorçage de Real, j’ai pu le faire à grande échelle, d’une perspective de portefeuille de startups, de fonds d’investissement, via notre accélérateur et aussi par des investissements directs. J’ai pu aussi réfléchir, concevoir, pitcher, financer et gérer notre stratégie de fonds de pré-amorçage Orbite Montréal avec mon associé Isaac (et tout le support de l’équipe). 20 compagnies de plus, des co-fondateurs et co-fondatrices qui m’ont inspiré et qui m’inspirent encore. À tous ces gens, je dis encore: merci!

J’ai aussi adoré apprendre et comprendre « l’autre côté de la business », tout le processus de mise en place des fonds et le suivi avec nos investisseurs. Aujourd’hui, j’ai une perspective nuancée de la chaîne d’investissement en capital de risque au Québec et au Canada. Les fonds de pensions, les investisseurs institutionnels, les indépendants, tous ces commanditaires (LPs dans le jargon anglo des VCs) contribuent de manière indéniable à la qualité objective (et subjective) de nos stratégies d’investissement et des retours qui devraient suivre (les fonds ont des horizons de 10 ans, alors ça prend un bout de temps avant d’en être certain). 

Une des raisons principales de mon arrivée en 2014 auprès de John, JS et Alan chez Real, c’est certainement la mission en place depuis le premier jour de fondation en 2007 : « Servir les entrepreneurs passionnés et contribuer au développement des écosystèmes qui les supportent. » C’est sur cette base d’engagement dans la communauté que je suis revenu à Montréal après quelques années à San Francisco. Le rapport du Startup Genome (ainsi que leur équipe) nous a vraiment aidés à cerner les enjeux et les défis à prioriser pour l’écosystème de Montréal. Se comparer aux meilleurs est essentiel pour progresser. Parce qu’on ne gère (et améliore) vraiment que ce que l’on mesure précisément, nous avons aussi produit notre propre rapport. 

J’ai de plus eu le privilège de contribuer à la communauté de startups de Montréal et du Québec en poursuivant et en m’engageant dans plusieurs conseils d’administration et comités d’organisations à but non lucratif. Auprès de StartupFest, OSMO (Bonjour Startup Montréal), le MTLAB, MAIN et Réseau Capital, la CCMM, Propulsion Québec, Technopolys, IVADO, Culture Montréal. Ça m’aura permis de développer une compréhension fine et une perspective des défis importants que nous avons encore à conquérir. J’ai aussi apprécié de pouvoir aider au lancement d’Innocité, l’accélérateur de ville intelligente, et de conclure le partenariat entre Real et Techstars pour leurs accélérateurs de Toronto et Montréal. 

Semaine après semaine, mois après mois, année après année, j’ai organisé plusieurs meetups et participé à plus d’évènements que je ne peux me souvenir pour aider les entrepreneurs à se lancer en affaire, définir leurs objectifs, raconter leur histoire et pitcher leur compagnie, exécuter avec détermination et opérer avec agilité. Malgré cette pléthore d’activités et mon cheminement personnel, dans la foulée du début de la deuxième décennie de Real Ventures, il me manquait quelque chose…

Vous avez peut-être déjà eu cette impression, en vélo, quand la chaîne saute, qu’il manque une dent, qu’une vitesse glisse? L’idée vous vient que si on n’arrange pas le problème, la chaîne va peut-être se bloquer complètement, vous allez passer par-dessus le guidon et finir par frapper le sol. J’avais ce sentiment que les choses vont bien, mais je ne comprenais pas exactement pourquoi ça n’allait pas très bien, pas super bien. Après plusieurs mois d’introspection, de conversations avec les gens autour de moi, j’ai commencé à voir apparaître une piste, une manière de me raconter à moi et aux autres ce qui était en train de se passer.

Quelque chose de nouveau. Différent, mais pas tant. Quelque chose à propos des startups, encore, de la technologie, de l’innovation, des écosystèmes et, toujours, à Montréal. Quelque chose surtout plus près de mes considérations profondes et personnelles pour les changements climatiques et l’impact social. C’est ce que je vais désormais prendre le temps d’explorer afin de découvrir exactement ce que ça veut dire et sous quelle forme mon engagement va se manifester.

La fin d’un chapitre annonce l’arrivée d’un nouveau (et ce n’est pas le dernier). La métaphore que j’ai utilisée pour expliquer à ma fille de 6 ans, c’est celle du tableau que j’avais rempli de gribouillis au cours de la dernière demi-décennie. Il est maintenant presque vide. Il reste quelques références importantes, mais il y a beaucoup de place. Je vais pouvoir recommencer à le remplir. C’est énergisant et grisant.

Je ne suis pas un capitaliste pur et dur. Au contraire. Je me décris comme socialiste, humaniste et, de plus en plus, écologiste. L’argent n’est pas une fin, c’est un moyen. C’est là que je suis dans ma réflexion. Ce qui est important pour moi, ce n’est pas le progrès technologique en soi, mais comment mieux utiliser le levier du financement pour faire avancer des projets. 

Comprendre ce qu’il est possible de faire avec les technologies numériques est une de mes principales expertises depuis 25 ans. Mais je ne suis pas techno-solutionniste. Je suis plutôt pragmatique-réaliste. Je me permets de rêver et d’explorer les utopies. Quand on sait le pouvoir de transformation que permet le mode entrepreneurial et celui des technologies, la vraie question c’est qu’est-ce qu’on va faire? Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. 

Dans quelques années, j’aurai 50 ans. Ce que je veux faire de mon prochain chapitre, pour les 10 prochaines années (ou plus), pour faire du sens pour moi, doit être relié à la crise climatique. C’est l’urgence du siècle. C’est aussi probablement une des causes principales de la crise du coronavirus. Je ne sais pas encore comment, mais c’est sur ça que je veux dédier mon énergie et mon intelligence. Dans mon réseau Twitter, on identifie par #ClimateTech ou #GreenTech. La nouvelle génération de « technologies propres », version 2020, avec une forte saveur de données et d’algorithmes.  

Je vais donc changer mon focus, de « startups techno » (qui ont un certain impact) à « startups d’impact » (utilisant l’innovation technologique à bon escient). Quitter un rôle comme celui que j’ai dans un fonds comme Real n’est pas facile. Mais ça se fait en toute quiétude pour mes associés et pour moi. Ce n’est pas parce qu’ils sont moins inquiets pour la planète, ils le sont, mais sans doute pas autant que moi. Ça fait des mois que je suis dans cette posture inconfortable (mais exaltante). Les faits, les idées, la science, l’intuition, les discussions et le zeitgeist me poussent tous dans cette direction. Le temps est venu pour moi d’aller dans cette direction.

À partir du premier juin, je ne serai donc plus un associé principal (General Partner) de Real Ventures. Je vais continuer d’y contribuer, mais à temps partiel, comme associé affilié (Venture Partner) pour au moins les 6 prochains mois. Ce sera une transition professionnelle graduelle. Je ne disparais pas. Je vais continuer d’investir dans les fonds de Real Ventures et d’agir à titre de mentor et aviseur pour plusieurs startups. 

Maintenant, je vais explorer le monde de l’investissement d’impact environnemental et social. Est-ce que je vais démarrer un nouveau fonds ? Me joindre à quelque chose d’existant? Qui sait? 

La seule chose certaine, c’est que mes aventures professionnelles les plus riches sont nées de conversations avec des gens passionnés, suite à un message lancé sur internet. 

Alors voilà!

Merci à Yannick Gélinas et Pascal Henrard pour relecture, suggestions et corrections du texte en français.

Ikigai (生き甲斐) is a Japanese concept that means “a reason for being”. The word refers to having a direction or purpose in life, that which makes one’s life worthwhile, and towards which an individual takes spontaneous and willing actions giving them satisfaction and a sense of meaning to life.

I have written a few transition messages in the past: the end of a work chapter, the start of a new one. This one has been in my head for a while and I didn’t know how best to write it. I do know that writing helps me find clarity and after getting started on this one — and sharing it with a few people I trust — I was reminded that collaboration pretty much improves everything. Whenever I see the results, I can’t help but grin. 

I have been discussing this transition with my partners for months. It’s time for me to take what I have learned at Real, build on it, and do something that has been calling to me. Now, this is not easy. After spending so much time working together, everyone on the team is near and dear to my heart. However, it’s not as though I’m leaving and shutting the door on my way out. Au contraire. It’s more akin to moving from the family house to your own place. I have called Notman House “my” house for so long, this is not going to change anytime soon.

I am starting a new journey. Connected to Real, in a different way going forward. Thanks to John, Janet and Isaac for your thoughtfulness in our conversations and in giving me the encouragement and freedom to pursue this next chapter in my life. I have so much respect and gratitude for the people with whom I have learned the craft of investing in startups and operating funds over the last 6 years. It’s a complex job with a lot of nuance,it has been a tremendously rewarding experience, and I have learned so much. Investing in pre-seed and seed stage startups is both a craft and science. 

Being FounderFuel’s general manager from 2014 to 2016 (4 cohorts and 20+ companies) was a great way to accelerate my own understanding of the whole investment process, of portfolio management. And discovering the devil in the details, where the rubber meets the road, while working as an investment partner in Real’s seed funds and raising and managing our Orbit Pre-Seed fund from 2017 and ongoing, with my partner Isaac. That’s almost another 20 companies — men and women founders who have inspired me, and keep inspiring me. Thank you!

The other side of the business, working with the investors in our funds, has also been an incredible opportunity to discover and understand the whole investment chain. From large pension funds, institutional investors, family offices, independent investors, these Limited Partners (LP in VC speak) are key to a “ship shape” and cohesive investment strategy and returns.

One of the main reasons I joined John, JS and Alan in 2014 was their belief and mission, since 2007, to “serve mission-driven entrepreneurs and nurture the ecosystems in which they thrive”. That meant investing time and energy in the Montreal Startup Ecosystem to “level it up”. The global Startup Genome report (and team) really helped us define priorities and benchmarking, and we produced our own community report in 2016, because you can really only manage (and improve) what you measure. 

I had the privilege of contributing to our ecosystem by continuing to serve or by joining several boards or committees of non-profit organizations: Startupfest, OSMO (aka Bonjour Startup Montréal), MTLAB, MAIN, Réseau Capital, CCMM, Propulsion Québec, Technopolys, IVADO, Culture Montréal. These informed my perspective and helped me better understand and define key challenges we still had to conquer. I also helped launch Innocité, a smart city accelerator, and worked to bring Techstars to Canada, in Toronto and Montreal. 

I organized meetups and participated in so many events to help entrepreneurs learn about how to launch a company and set ambitious goals, to pitch their ideas as a compelling narrative, to execute and operate their strategies week after week, month after month, year after year. But even with this flurry of activity, and my own evolution in life, as Real Ventures, the firm, entered in its second decade, something wasn’t quite fitting any more.

You know how sometimes when you ride your bike, you feel the chain skipping a gear from time to time? You think that maybe if you ride full speed, the chain will block and you will fall over? Like that. That nagging feeling that things are OK, but you don’t exactly know why they are not great. With some introspection, and conversations with people around me, a narrative started to emerge.

Still about startups, tech, innovation, ecosystems, and in Montréal. And much closer to some of my deep personal concerns about climate change and social impact. I am not a hardcore capitalist. Quite the contrary. I describe myself as a socialist, humanist and more and more as an ecologist. Money is a means, not an end.

I will be 50 in a few years. What I want to do in my next chapter, for the next decade at least, has to be related to our current climate crisis. It’s the emergency of our century. I don’t exactly know how I will contribute to this climate challenge but I know for sure: I will dedicate my energy and my brain power towards finding and financing innovations for mitigation, adaptation and resilience. On Twitter it’s hashtagged #ClimateTech or #GreenTech. The new generation of “clean tech” with strong data and algorithms underpinnings.

I will shift my main focus from “tech startups” (with some impact) to “impact startups” (making the most technology innovations). Leaving a role like the one I have at a fund like Real is quite a bold decision, but I feel at peace about this change. While the team at Real is certainly concerned with climate change and human-caused impacts on the planet, it is not the main focus of the firm. But it needs to be for me. I have been at this uncomfortable (and exciting) juncture for several months now —a potent mix of facts, ideas, intuition, discussions and zeitgeist makes me sure that the time is now.

May 29th will be my final day as a General Partner at Real Ventures. I will continue to contribute to the firm and the funds, part time, as a Venture Partner at least for the next 6 months. This will be a gradual professional transition — I am not disappearing. I will continue to work with Real Ventures and to mentor and advise many founders and companies. 

I will be exploring the wonderful opportunities of environmental and social investing, for maximum impact. Will I start a new fund or join an existing project? Who knows?!

The only thing I am sure about, is that some of my most wonderful adventures have been born of conversations with passionate people, following a message I had written on the Internet. 

Here we go again!

Thanks to Janet, Isaac, Lauren and Laura for editorial suggestions and corrections in the English version.

Published by Sylvain Carle

Venture Technologist. Internet and Media Geek. Homebase on the web is at www.afroginthevalley.com and physically grounded in Montréal.

10 thoughts on “Ikigai

  1. Pas de grande surprise, après avoir discuté avec toi à ton premier #climatechange meetup fait il y a quelques mois!
    Le 50 ans, je l’ai passé il y a quelques années (shhh…) et c’est vraiment un bon moment pour se replacer et aller chercher ce qui nous importe vraiment !

    Je te souhaite succès et bonheur!

    Like

  2. Merci! je ne connaissais pas “Ikigai” quel beau concept, je l’ai imprimé et mis sur mon mur. On ne se connait pas, mais je suis toujours aussi impressionné par votre parcours. J’espère aussi un jour me diriger dans la même direction, donner un sens à ce que je fais, avoir un impact pour le futur en utilisant les technologies.
    Bonne continuation!

    Like

  3. Intéressante réflexion Sylvain, toujours un plaisir de te lire.

    FounderFuel/Real perd un élément important, ton impact sur certaines startup d’impact était perceptible.

    D’un autre côté, ton expérience, focus sur les startup d’impact aura certainement un grand… impact! sur la communauté.

    Très heureux que tu poursuive ton ikigai 🙂

    Sincères salutations,
    Mat

    Like

  4. Bravo Sylvain! Je suis très heureux d’apprendre ce changement de cap. Il est temps que des gens qui ont ton influence mettent leur énergie dans notre survie collective, et replacent du même coup des valeurs humanistes au centre de l’échiquier. Ce qui se passe autour de nous n’est vraiment pas rassurant, et ce n’est qu’en agissant (et en communiquant) qu’on fera avancer les choses dans la bonne direction, la seule qui nous assure un avenir. Je continuerai à suivre ton parcours et j’espère bien avoir l’occasion de te recroiser «quelque part, à un moment donné»!

    Like

  5. Très inspirant Sylvain ! Il faut continuellement se réinventer.
    I strongly believe in the success of your endeavour. Remember that I will always be there to collaborate. I also feel that call since 2003. I have been active on different levels, but bringing two wonderful kids into this world made me realize many gratitude’s taken for granted. I want to contribute to their future by prioritizing innovations that would redefine durable societal activities towards more balanced environmental connections.
    All the best!

    Like

  6. Super Sylvain!!! Merde pour tes prochains projets. On aura surement l’occasion de se croiser et discuter de projets Cleantech/Sustainable/ impact.
    Au plaisir!!!!

    Like

  7. Bravo Sylvain!
    La crise du siècle mérite bien ton énergie et toutes tes apprentissages!! C’est plus importants que jamais!

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: